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Essais

Les premiers essais photographiques avec mon Nikon ont convoqué dans ma mémoire un passage d’une nouvelle intitulée : Tout ce qui est beau est loin.

Dead boys (Albin Michel, 2009), est un recueil de nouvelles de Richard Lange. Des histoires de gars paumés et de mauvais garçons de Los Angeles.

Pas question d’ouverture de diaphragme, de vitesse ou de longueur de champ. Avec un jetable, tout est dans le choix du sujet. Ça, le narrateur l’a bien compris !

 

 

 

Extrait, page 263.

J’achète un de ces appareils jetables pendant mon jour de congé. Vingt-quatre poses.

1. La caissière du magasin, pour voir si le flash et tout marchent. “J’ai un rhume, dit-elle. Foutez-moi la paix.”

2. Une voiture de police qui file avec ses gyrophares et ses sirènes allumés.

3. Des pigeons sur le clocher d’une église.

4. Hollywood en lettres géantes, mais je pense que je suis trop loin.

5. Une jeune Mexicaine avec une poussette. Je lui dis que je travaille pour un magazine et je lui demande comment elle s’appelle. “Maria, lui dis-je, je vais faire de toi une star.”

6, 7, 8. Deux chiens en train de s’accoupler dans la ruelle derrière Pep Boys.

9. Un cactus avec des fleurs rouges.

10. James derrière la caisse.

11. James encore parce qu’il dit qu’il avait les yeux fermés sur la première.

12. Le gardien du parking. Il me demande un tirage pour sa femme.

13. Une limousine extra-longue.

14. Le ciel.

15, 16, 17, 18. Une fille qui ressemble trait pour trait à Lana. Elle refuse de s’arrêter, alors je suis obligé de marcher à reculons devant elle en prenant les photos. Elle essaie de s’emparer de l’appareil et je manque de me faire renverser par un bus en m’enfuyant.

19. Jennifer penchée au-dessus du bar pour étreindre Marty.

20. Marty et moi qui faisons semblant de nous embrasser (prise par Jennifer).

21. Ma chaussure (une erreur).

22. La première voiture qui me suit quand je rentre chez moi.

23. La deuxième.

24. La troisième, d’assez près pour voir le Vietnamien au volant.

L’employé du labo de développement en une heure chrono prétend que l’appareil était défectueux et qu’aucune des photos n’a rien donné. Comme je n’en crois pas un mot, je lui dis que je les veux quand même. Un moment après, il me tend l’enveloppe qui contient vingt-quatre épreuves noires et vingt-quatre négatifs clairs. Je passe la moitié de la nuit à les examiner à la loupe, mais rien ne se révèle.

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