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Posts Tagged ‘littérature’

“L’Aubrac, on y est dans l’air.
Jamais je n’ai eu ailleurs un tel sentiment d’être au milieu de l’air.
Je ne sais pas : c’est le site sans doute,
Ses longs pacages nus, et pas un arbre,
A peine de loin en loin de curieux hérissons de basalte :
Des bandes de montagnes et des bandes de vaches qui vaquent sans chiens
Entre d’interminables cordons de pierres grises ;
Des vaches d’un blond quelque peu âcre de gentiane et de silex,
Et qui, avec leurs grands yeux charbonnés de mauvaises femmes,
Ont plus de regard que les autres vaches…
C’est cela, et puis surtout c’est ce cristal,
Ce goût cru du vent, d’herbes amères, d’eau de neiges, un goût d’espace…
Oui, ses clartés, ses solitudes…
Et ses rivières pavées où l’eau glacée de truites court sur des hexagones de basalte…
Difficile de dire…
Mais l’Aubrac !
Ah ! L’Aubrac !…”

Henri Pourrat

Cascade du Déroc. Vue d’en haut et au bas de la chute.

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Buron au lever du jour. Les sorbiers n’ont déjà plus beaucoup de feuilles.

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Ciels d’Aubrac

Buron au petit matin. Croix de la Rode.

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Taureau d’Aubrac.

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Il est revenu le grand printemps.
Le sud s’est ouvert comme une bouche. Ça a soufflé une longue haleine, humide et tiède, et les fleurs ont tressailli dans les graines, et la terre toute ronde s’est mise à mûrir comme un fruit.
L’escadre des nuages a largué les amarres. Ça a fait un grand et long charroi de nues qui montaient vers le nord. Ça a duré ; à mesure, on sentait la terre qui se gonflait de toutes ces pluies et de la vie réveillée de l’herbe. Enfin, une belle fois, on a vu bouillonner le ciel libre sous la poupe du dernier nuage.
Il est resté pourtant une balayure de ciel et elle flotte, accrochée au clocher d’Aubignane comme un linge autour d’une pierre dans un ruisseau.
On est là ; on n’ose pas encore commencer la peine de printemps, prendre la bêche ou le sac aux semences, commencer ; on n’ose pas. Il peut pleuvoir encore, d’un moment à l’autre ; on est directement sous le halètement du grand nuage, et le jeune jour blond est encore tout tremblant d’éclairs
.

Regain – Jean Giono.

 

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“Tant de mains pour transformer ce monde, et si peu de regards pour le contempler !” Julien Gracq, Lettrines, 1967, éditions Corti.

Eau

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« Mortel accablement des moissons à leur apogée ! De l’aurore à la nuit, les jours se gonflaient d’heures. A perte de vue, le blé, l’orge et le seigle jonchaient la terre ensoleillée. Sur les pentes et dans la plaine, aussi loin que pouvait porter le regard, les moissonneurs, minuscules marionnettes, peinaient contre les frissonnantes étendues blondes. De l’aurore à la nuit, animés par une grande fièvre, les bras et les échines s’acharnant, ils livraient à la glèbe un poussiéreux combat dans le brasier bleu de l’été. A l’empressement de chacun on eût dit qu’une menace était suspendue aux confins du ciel et de l’horizon. Mais leur effort était sans mystère et sans conscience ; et sans impatience leur hâte. Un scintillement nacré s’élevait au-dessus des épis mûrs puis, pulvérulence des sillons piétinés, retombait, impalpable, sur les torses brunis des hommes, sur les bras hâlés des femmes. Une odeur puissante et âcre d’aisselles moites et de poitrines luisantes se mêlait au fade parfum des coquelicots. Et, toujours ce sifflement crissant des faux, ce halètement cadencé des faucheurs qui s’avançaient à contre-jour comme des ombres, sous un soleil figé au fond des cieux polis et durs… (…) »

Raymond Guérin. Les poulpes (1953), Éditions le Tout sur le Tout, page 42.

Heure bleue sur les champs.

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Derniers rayons de soleil sur les blés.

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Titre emprunté à un ouvrage de Georges Perec, publié en 1975 dans la revue Cause commune.
En octobre 1974, Georges Perec s’installe place Saint-Sulpice, dans le 6e arrondissement de Paris. Pendant trois jours d’affilée et à différents moments de la journée, il tente de prendre note de tout ce qu’il voit. Il en établit ainsi une liste représentant la vie quotidienne, sa monotonie, mais aussi les variations infimes du temps, de la lumière, du décor, du vivant.

Tiens, ça fait longtemps que je ne suis pas allée à Paris !

paris1paris2Grille du pique-épingles, au point de croix ici.

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« L’homme me servit des œufs à la poêle et des tranches de jambon. Quant à lui, il s’assit en face de moi, à la grosse table de chêne, et se mit à manger en désordre des tomates crues. Il les saisissait dans ses mains, les partageait en deux avec son coutelas, les saupoudrait de sel, de poivre, d’ail et de clous de girofle, et les avalait d’un trait. Il les préférait grosses, épaisses à triple menton, toutes pâmées, toutes lourdes, comme des hanches. La chair des tomates est énorme et sensuelle. Elles sont humides de jus et d’humeurs écarlates, ivres de vinaigre et de sucre. Ô tomates mûres, vous êtes la joie du monde et la volupté des intestins. Votre chair âcre et molle est nourrissante comme des seins, rose comme les pubis. Sous une peau transparente pareille à une paupière, vous cachez et tour à tour vous montrez une substance pure et pesante, une sorte de pâte mondiale, un éther rouge tout constellé de graines ou d’astres. Vous êtes des systèmes solaires, ô tomates, des systèmes solaires et des ventres de femmes, des ventres de femmes et les cervelles de la Terre. Vous recelez en vos flancs les rouges les plus épais et les pourpres les plus écarlates. Ô tomates cardinales, qui sentez le Pape, le Soleil et le Mikado, tomates qui êtes l’essence et la bile du Grand Pan, tomates qui avez la densité de l’or et le volume des cœurs, vous êtes autrement belles, autrement désirables qu’une âme, ô tomates! ».

« Choléra »,  Un amateur de tomates, chapitre XI, p. 167, Joseph Delteil, Œuvres complètes, Éd. Grasset.

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Quelques clichés pris au Salon du Livre de Limoges le 5 avril dernier.

Beaucoup de monde, d’agitation dans les allées et une rumeur sourde, étouffante, que la chaleur, sous le chapiteau, décuple. Derrière les stands, alignés comme à l’étal, les auteurs attendent, le stylo en main. Plus que la qualité littéraire, c’est la notoriété que l’on mesure à la dimension des grappes de visiteurs devant les tables. A ce petit jeu, ce sont les people qui glanent les plus lourds essaims. On se bouscule, on joue des coudes pour venir les reluquer sous le nez, histoire de vérifier s’ils sont… comme à la télé et leur arracher le précieux autographe.

Parfois, les organisateurs ont dû baliser l’accès jusqu’à leur table où sont rangés les piles polychromes des livres qu’ils se sont, dans la plupart des cas, contentés de signer.

Apparemment, cette année, la tendance littéraire est à l’orange !

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De gauche à droite et en haut : Jacqueline Monsigny et son mari, le comédien américain Edward Meeks, Lola Sémonin.

En bas : Joëlle Gardes, Calixthe Beyala et Madeleine Chapsal.

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Pauline Delpech, « Souvenance », éd. Michel Lafon, mars 2013

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Michel Drucker, « De la lumière à l’oubli », éd. Robert Laffont,‎ 2013

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Marion Game, « C’est comment votre nom déjà? », éd. de l’Archipel, 2013.

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