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Archive for the ‘Littérature’ Category

« Mortel accablement des moissons à leur apogée ! De l’aurore à la nuit, les jours se gonflaient d’heures. A perte de vue, le blé, l’orge et le seigle jonchaient la terre ensoleillée. Sur les pentes et dans la plaine, aussi loin que pouvait porter le regard, les moissonneurs, minuscules marionnettes, peinaient contre les frissonnantes étendues blondes. De l’aurore à la nuit, animés par une grande fièvre, les bras et les échines s’acharnant, ils livraient à la glèbe un poussiéreux combat dans le brasier bleu de l’été. A l’empressement de chacun on eût dit qu’une menace était suspendue aux confins du ciel et de l’horizon. Mais leur effort était sans mystère et sans conscience ; et sans impatience leur hâte. Un scintillement nacré s’élevait au-dessus des épis mûrs puis, pulvérulence des sillons piétinés, retombait, impalpable, sur les torses brunis des hommes, sur les bras hâlés des femmes. Une odeur puissante et âcre d’aisselles moites et de poitrines luisantes se mêlait au fade parfum des coquelicots. Et, toujours ce sifflement crissant des faux, ce halètement cadencé des faucheurs qui s’avançaient à contre-jour comme des ombres, sous un soleil figé au fond des cieux polis et durs… (…) »

Raymond Guérin. Les poulpes (1953), Éditions le Tout sur le Tout, page 42.

Heure bleue sur les champs.

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Derniers rayons de soleil sur les blés.

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On avait prévu de faire le détour, par curiosité et pour le plaisir de chiner. Montolieu, dans l’Aude, près de Carcassonne, est planté sur un éperon rocheux qui domine les gorges de la Dure et de l’Alzeau.
Montolieu, 825 habitants, 15 librairies.
Ici, le livre, omniprésent, rythme la visite: musée des arts et des métiers du livre, ateliers de reliure ou de calligraphie, expositions, rencontres littéraires. A chaque coin de rue, les librairies proposent un choix incroyable de livres anciens et d’éditions rares ou, tout simplement, de livres de poche d’occasion. Il y en a pour tout le monde et pour toutes les bourses.

On est reparti avec quelques livres et une nuit passée… dans une librairie !

Il existe d’autres villages du livre en France : Becherel près de Rennes, Fontenoy-la-Joûte près de Nancy, Ambierle près de St Etienne.

Montolieu et les gorges de l’Alzeau.

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La Manufacture, la plus grande librairie du village.

Sculpture en bronze de Yonel Lebovici, intitulée « L’envol ». On peut lire le texte « Oiseaux » de Saint-John Perse.

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Montolieu, de l’autre côté de l’éperon, au-dessus des rives de la Dure.

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Fabien Lecoeuvre et Robert Hue.

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Tristane Banon et Michel Field.

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Véronique Genest et Jean-Pierre Darroussin.

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Eric Emmanuel Schmitt et Audrey Pulvar.

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Longtemps, ça s’est appelé « la foire du livre ». Ça ancrait franchement l’évènement dans sa ruralité et c’était d’ailleurs assez bien trouvé puisque d’un point de vue littéraire, c’était carrément le marché au gras.

La ligne éditoriale n’a pas changé mais désormais, on dit « Lire à Limoges ». C’est plus « classe » sans être arrogant et grâces soient rendues au bon sens ou à l’humilité de nos élus de n’avoir pas cédé à la tentation du très parisien label « Salon du livre ».

Cette année, les têtes d’affiche avaient noms Julien Lepers, Jean Benguigui ou Véronique Genest dont l’apport au patrimoine littéraire français reste en attente de reconnaissance…

Une foule compacte se pressait autour de leurs stands et téléphones portables ou perches à selfies étaient brandis au-dessus des têtes comme autant de preuves que, contrairement aux idées reçues, l’engouement de nos concitoyens pour le livre et les textes ne faiblit pas :-).

Françoise Laborde et Jean-François Khan.

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Jean Teulé et Jacqueline de Monsigny.

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Jean Benguigui et Eva Darlan.

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Agnès Soral et Julien Lepers.

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Madeleine Chapsal et Marek Halter.

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J’ai regardé devant moi
Dans la foule je t’ai vue
Parmi les blés je t’ai vue
Sous un arbre je t’ai vue

Au bout de tous mes voyages
Au fond de tous mes tourments
Au tournant de tous les rires
Sortant de l’eau et du feu

L’été l’hiver je t’ai vue
Dans ma maison je t’ai vue
Entre mes bras je t’ai vue
Dans mes rêves je t’ai vue

Je ne te quitterai plus.

Air vif. Derniers poèmes d’amour. Paul Eluard

Cliquez sur la photo pour l’agrandir.

Saint-Valentin

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Titre emprunté à un ouvrage de Georges Perec, publié en 1975 dans la revue Cause commune.
En octobre 1974, Georges Perec s’installe place Saint-Sulpice, dans le 6e arrondissement de Paris. Pendant trois jours d’affilée et à différents moments de la journée, il tente de prendre note de tout ce qu’il voit. Il en établit ainsi une liste représentant la vie quotidienne, sa monotonie, mais aussi les variations infimes du temps, de la lumière, du décor, du vivant.

Tiens, ça fait longtemps que je ne suis pas allée à Paris !

paris1paris2Grille du pique-épingles, au point de croix ici.

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« L’homme me servit des œufs à la poêle et des tranches de jambon. Quant à lui, il s’assit en face de moi, à la grosse table de chêne, et se mit à manger en désordre des tomates crues. Il les saisissait dans ses mains, les partageait en deux avec son coutelas, les saupoudrait de sel, de poivre, d’ail et de clous de girofle, et les avalait d’un trait. Il les préférait grosses, épaisses à triple menton, toutes pâmées, toutes lourdes, comme des hanches. La chair des tomates est énorme et sensuelle. Elles sont humides de jus et d’humeurs écarlates, ivres de vinaigre et de sucre. Ô tomates mûres, vous êtes la joie du monde et la volupté des intestins. Votre chair âcre et molle est nourrissante comme des seins, rose comme les pubis. Sous une peau transparente pareille à une paupière, vous cachez et tour à tour vous montrez une substance pure et pesante, une sorte de pâte mondiale, un éther rouge tout constellé de graines ou d’astres. Vous êtes des systèmes solaires, ô tomates, des systèmes solaires et des ventres de femmes, des ventres de femmes et les cervelles de la Terre. Vous recelez en vos flancs les rouges les plus épais et les pourpres les plus écarlates. Ô tomates cardinales, qui sentez le Pape, le Soleil et le Mikado, tomates qui êtes l’essence et la bile du Grand Pan, tomates qui avez la densité de l’or et le volume des cœurs, vous êtes autrement belles, autrement désirables qu’une âme, ô tomates! ».

« Choléra »,  Un amateur de tomates, chapitre XI, p. 167, Joseph Delteil, Œuvres complètes, Éd. Grasset.

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